
NACHO
VEGAS| BOÎTES À MUSIQUE DIFFICILES À ARRÊTER
Paroles
par Nacho Vegas
Traduit par Blanca Lacasa et Pablo Vinuesa
DES
NUITS ARCTIQUES
Pour José Ramón Vélez
À nouveau, aujourd'hui,
on fermera les yeux
en désirant avec dévotion
une nouvelle nuit arctique
et du noir le plus pur
-pas comme celui de l'obscurité
mais plutôt comme celui de l'ébène-.
Ainsi, nos poumons
s'inondent dans un rêve
qui empoisonne et qui guérit
Rêves de nuits arctiques
qui empoisonnent et qui guérissent.
(Ferme les yeux. Écoute dans l'obscurité
les boîtes à musique résonner.
Essaie de les arrêter.)
©
2003 Limbo Starr
N.V.
POUR LA PAIX MONDIALE
Le conflit a déja éclaté
et ils ne vont pas demander:
Êtes-vous prêts?
Prêts à y aller?
Écoutez les salutations dès le Ciel,
les salutations dès la Fin.
Aujourd'hui Bambino
et le vieux Konstantino
boivent et font l'amour
(et nous, ici).
Il n'y a pas de guerre mondiale,
pas de drogue capable
de finir avec cette obsession.
On se verra à la gloire
et peut-être que, lá, on découvrira la chanson
qui nous donnera la paix.
Une autre bataille est déjà engagée
et l'ennui est mortel.
Cette journée
sera suivie d'une autre égale
Et toi, debout à la porte,
tu m'as demandé:
-Où va-t-on?-
-Plus au fond-, j'ai répondu.
(Et, évidemment, aprés j'ai coulé
de plus en plus).
Il n'y a pas de guerre mondiale
pas d'arme chimique capable
de tuer quelque chose de si intense.
On chantera avec les victimes
un blues qui s'écoutera d'ici à l'éternité
et qui nous apportera la lumière.
Une autre nuit
en me croyant le capitaine Ahab...
Non, il n'y a pas de guerre mondiale,
pas de drogue capable
de tuer toute cette douleur.
On se verra à la gloire
et peut-être que, lá, on découvrira la chanson
qui nous apportera la paix.
©
2003 Limbo Starr
EUX TOUS
Un jour elle m'a dit ce qui suit:
Comment, quelqu'un de normal peut arriver à tuer?
Mais, dernièrement, quand elle prend un verre de trop,
elle me menace de mort et je sais qu'elle en est bien capable.
Et, maintenant qu'elle est déjà partie,
ma voix le chuchote:
le chemin n'est pas si long,
ni la douleur si lente.
Et, je suis allé demander conseil au vieux fakir.
Je lui ai dit: -Montre-moi l'endroit où je dois dormir-.
Il me tournait le dos pour parler
et, dans ses plaies, tout à coup, j'ai trouvé la
vérité.
Et, il m'a dit: -À la guerre, savoir perdre
est plus important que la paix ou l'amour.
Et demande à l'homme
du kiosque qui regarde la mer.
Demande à la femme
qui jure d'être Lady Di.
Demande à n'importe qui,
ils te diront tous:
- Quand tu auras fini,
tu n'auras fait que commencer.
Et, mon amour, á la guerre,
savoir perdre
est plus important
que la paix ou l'amour.
Beaucoup plus important
que la paix ou l'amour.
Et, souviens-toi, mon amour:
sous le soleil
le chemin n'est pas si long,
ni la douleur si lente.
Si long le chemin,
si lente la douleur.
©
2003 Limbo Starr
LE
MONDE EN CALME
Oui, disons de moi
que, du moins, je suis dans mon mauvais esprit.
assis ici, perdu dans ma vie.
Assis ici, et encore en train de me fuire.
Oui, tu conviendras
qu'on ne peut pas appeler cela vie.
Je bouge du lit à la cuisine
et je me perds, à nouveau, dans le trajet.
J'aurais pu mal le faire,
j'aurais pu faire encore pire,
mais ton message sur le répondeur
demandant pourquoi je n'étais pas
là ou je devais
et qu'est-ce qui était tellement bon
qui m'a fait t'oublier,
frappe encore mes tempes.
C'était vraiment si bon que ça?
C'était vraiment mieux?
Aujourd'hui essaie de dormir,
je te promets que moi,
j'arriverai jusque là
avec les premiers rayons du soleil
et je ne te réveillerai pas,
j'aimerai contempler ton sommeil profond
pour ainsi vérifier que, pour une fois,
le monde est en calme.
Et, pour une fois, trouver le monde en calme.
Pour une fois, trouver le monde en calme.
©
2003 Limbo Starr
QUE
DU VENT
Et je me suis enfoncé dans une ardente obscurité.
Et, en avançant, il y avait tellement de monde que je n'ai
rien pu voir
d'autre.
Et c'est maintenant que j'arrive à comprendre
la tristesse de savoir qu'il y a plus d'étoiles au firmament
et les voir défiler
défiler comme le vent.
Comme le vent...
Mais la robe beige lui va si bien, à la fiancée
Qu'elle doit se sentir une princesse avec.
Comme s'il s'agissait d'une erreur
je trouve toujours autour de moi
quelque chose qui menace à la fin de la journée
de retourner,
de retourner comme le vent.
Comme le vent...
Et on dit que le bon Miguel est maintenat heureux avec sa nouvelle
famille.
Et je demanderai: -Heureux, par rapport à quoi?- Je sais
que je peux trouver
la paix et l'harmonie, mais ça ne sera pas dans cette vie.
Pas dans cette vie.
Réecrivant mon rôle
j'ai écouté la voix d'une femme qui me disait:
-Tu ne peux pas continuer à n'être que du vent
que du vent-.
N'être que du vent
que du vent...
©
2003 Limbo Starr
DANS
LE JARDIN DU DEMI-SOMMEIL
Cette nuit, je sentirai à nouveau son odeur,
aujourd'hui le ciel s´obscurcit pour moi
et là, elle grandit parfaite.
Tu peux la voir briller
à la lumière des étoiles
dans son jardin,
le jardin du demi-sommeil.
C'est le jardin où l'âme rêve.
Elle devient une obsession,
chaque nerf frémit en érection
en sentant sa douce haleine dans ma gorge
et sa voix chaude murmurer au plus profond de moi-même:
- Viens, baise-moi,
viens à moi, je suis le demi-sommeil.
Viens au jardin où l'âme rêve.
Ne le voyez-vous pas? Elle m'offre sa bénediction
et son amour mortel.
Ne comprenez-vous pas que je ne suis plus moi
quand elle rentre dans mon sang et me met à mourir?
Cherchez-moi là,
dans le jardin du demi-sommeil.
Le gros homme nous racontait
comment il était sorti de la misère,
mais un mauvaix jour on l'a trouvé
électrocuté dans sa baignoire d'or et d'ivoire.
Il y en a qui croient à la guerre,
d'autres au paradis.
Quant à moi, je ne crois qu'à elle.
Cherchez-moi là,
dans le jardin du demi-sommeil,
dans le jardin de la fleur parfaite.
Ne le voyez-vous pas? Elle m'offre sa bénediction
et son amour mortel.
Ne comprenez-vous pas que je ne suis plus moi
quand elle rentre dans mon sang et me met à mourir?
Cherchez-moi là,
dans le jardin du demi-sommeil.
Dans le jardin du demi-sommeil.
(dans le jardin où l'âme rêve),
dans le jardin de la fleur parfaite
(dans le jardin où le corps tombe malade)
dans le jardin du demi-sommeil.
©
2003 Limbo Starr
TON NOUVEL HUMIDIFICATEUR
Il suffira de me programmer
et j'obéirai.
Il suffira d'une commande à toi;
je te jure que je fontionnerai.
Je suis comme ton lave-vaisselle
et, maintenant, je ferai ce que tu me demanderas.
Tu pourras me faire arrêter
et me faire recommencer.
Tu pourras me donner des coups de pied,
tu pourras me débrancher.
Je suis comme ton ordinateur
et, maintenant, je ferai ce que tu me demanderas.
Comme ton nouvel humidificateur,
je ne ferai que ce que tu me demanderas.
Mais le jour où le dernier d'entre eux
s'en aille vivre
au Pays des Vieux Machins
t'abandonnant ici,
moi, si, je continuerai à t'être utile,
ce qui me reste de vie.
Ce qui me reste de vie.
©
2003 Limbo Starr
LA
PLACE DE LA SOLEDÁ*
En arrivant au port, tu montes le quartier des pêcheurs.
Tu laisses à ta gauche les eaux sales sous le soleil. Et,
sur ta tête, des mouettes crient, faisant des cercles, des
mouettes qui te guideront. Avance juste un peu plus, et,
peut-ètre, tu m'entendras chanter.
Qui est-ce qui m'a volé le soleil,
je ne sens plus sa chaleur,
et les habits qui couvraient ma peau
ne sont, maintenant, que nudité?
Si tu écoutes ceci, tu es près de la place de la
Soledá.
Tu verras un vieillard qui t'indiquera quelque chose.
Ne lui prête pas attention; ça serait une grave erreur.
Et sur ta tête les mouettes qui te guideront,
continuent à faire des cercles. Traverse la ruelle.
N'écoutes-tu pas ma voix?
Qui est-ce qui m'a volé le soleil,
je ne sens plus sa chaleur,
et les habits qui couvraient ma peau
ne sont, maintenant, que nudité?
Quand tu écouteras ceci, tu seras arrivé à
la place de la Soledá.
(* Soledá en espagnol est une abréviation du
mot soledad qui signifie solitude)
©
2003 Limbo Starr
À CAUSE DE L'HUMIDITÉ
Quand le juge lui demandât
pourquoi il fallut qu'elle tue,
Mona, sérieuse, répondit:
-Ce fut la chaleur et l'humidité.-
On me racontât qu'elle attendit
la sieste de trois heures.
Dans une main, un cendrier,
et le coeur gros.
Son cerveau s'enfonça comme un fruit mûr.
Assise dans le salon,
le cadavre à ses pieds,
elle pensait qu'une fois elle avait été
jeune, belle et heureuse.
-Il y eut un temps
où j'aurai mort par amour.
Il y eut un temps
où j'aurai mort par amour.-
Mona, tais-toi, s'il te plaît.
Mona, tu me rends malade.
Ramona, viens ici
je vais te faire crever.
Et s'il n'y a point de coupable, cupons donc
l'humidité.
Elle l'enterra dans le jardin
sous l'ombre d'un noisier,
juste à l'endroit oú
ses deux chats habituent à pisser.
-Cette vie allait être bien différente et quelque
chose tourna mal-.
-Si, il y eut un temps
où j'aurai mort par amour.
Il y eut un temps
où j'aurai mort par amour.-
Personne ne voulut en savoir plus.
On me jura que ce fut comme ça.
Elle resta penchée à la fenêtre
attendant la nuit tomber.
Et la lune courut occuper la place du soleil.
©
2003 Limbo Starr
DANS LA SOIF MORTELLE
Je suis déjà un peu bourré, ici à
La Soif Mortelle et, voici, Dodo qui
rentre. Et je reste là, sans bouger, et même, malgré
ça, je dois conclure
qu'il n'y a personne au monde plus coupable que moi, et il n'y
en aura pas.
Et je commence à plaider comme ça:
Pour les choses que je ressens et pour celles que je déteste
sentir;
pour ma mauvaise tête;
pour ma tête de mort qui, elle, continuera à rire;
pour les lunes nouvelles,
pour six années de tristesse,
et pour bien de choses que je n'ose même pas dire
pardon pour mes pieds toujours froids,
pour la dernière nuit, et pour l'autre, et pour celle-là
aussi
pardon pour le Grand Non Sens
pour vouloir comprendre, et surtout, pour ne pas comprendre
Pardon
Et Dodo m'observe et je l'entends qui prie:
- Pardon pour exister
Et, gentiment, j'invite Dodo à un whisky, et il me raconte
que même les
chiens, sont tristes une fois qu'ils ont éjaculé.
Après, on sort embrassés
de La Soif Mortelle et, c'est alors quand je peux jurer qu'il
n'y a personne
de plus coupable au monde et il n'y en aura pas. Et:
pour deux mille années de chrétienté;
pour avoir l'audace de m'alimenter et de respirer;
pour les surdoués;
pour l'homme ventru et pour la libération sexuelle;
pour le cirque italien;
pour le vieillard qui agite une serviette tandis qu'il parle
et qui me jure et me perjure
qu'il a résolu en elle le mystère de la Sainte Trinité;
pardon pour les gens modernes;
parce que je risque de les regarder et de perdre la raison;
pardon, pour l'amour de Dieu!
pour la grande décadence d'une vie demandant pardon;
pour les quatre éléments;
pour la terre, et l'eau, el le feu, et la polution;
pardon pour toutes mes lamentations;
pour Dodo et, enfin, je vous demande pardon pour exister...
Pardon
Et je vous regarde les lèvres et je vous entends, tous,
demander pardon pour exister.
©
2003 Limbo Starr
CD2
LE
SALPÊTRE
On dit que la tempête s'est calmé;
nos pieds, pleins d'iode et de bandes
nous rappellent le chemin.
Et tu veux savoir, si à notre réveil,
trempés jusqu'aux os,
quelque chose aura bien pu changer,
et je ne veux pas mentir.
Arrivés jusqu'ici, quoi d'autre peut nous arriver?
On peut aller demander à la mer
pour qu'elle nous réponde avec des rugissements,
pour qu'elle nous dise la vérité.
Et dis, si le soleil est sorti et c'est pas pour nous deux,
alors, c'est pour qui?
Ou si le vent n'hurle pas pour nous deux
alors, c'est pour qui?
Comment peux-je bien t'aimer
si je suis mon pire ennemi?
Et, comment recommencer
s'il y a tellement d'hier, ici, en moi?
Arrivés jusqu'ici, quoi d'autre peut nous arriver?
On peut aller demander à la mer
pour qu'elle nous réponde avec des rugissements,
pour qu'elle nous dise la vérité.
Et on pourra te dire que, dans l'amour
il y a toujours un vaincu,
et que, dans l'amour,
il y a toujours un vainqueur.
Mais, écoute, j'ai été là-bas
et je sais qu'il n'y a que des survivants.
Laisse-les parler, moi, je préfère écouter
les choses de la mer.
Arrivés jusqu'ici, quoi d'autre peut nous arriver?
On peut aller demander à la mer.
Et, maintenant, dis, quoi d'autre peut nous arriver?
On peut aller demander à la mer
pour qu'elle nous réponde avec des rugissements,
pour qu'elle nous dise la vérité,
et surtout,
pour pouvoir avancer
sous le même soleil ardent
avec tous les jugements qu'on a encore à perdre,
avec le salpêtre collé à la peau,
comme Jonas dans les entrailles du grand poisson,
avec des algues et des pierres,
avec toute l'eau qu'on a avalé en nageant,
avec les mensonges sur lesquelles j'ai osé jurer.
J'ai joué le malin et je suis tombé sur le mal.
Que le capitaine Ahab veuille bien me pardonner,
qu'il veuille bien.
On dit que la tempête s'est calmé.
©
2003 Limbo Starr
MARK
SPITZ
Ma nuit tombe et je me repose, à nouveau,
dans un nuage gris
fumant sur du papier d'aluminium
la terreur de vivre.
Et, dans cette chambre,
tout me semble bien.
Et, pour aujourd'hui, je ne m'écouterai plus:
- Malheur à ce que j'appelle moi à mon intérieur-.
Je savoure l'humidité
qui se putréfie aux murs
et je demande asile au milieu de l'humanité.
Mais pas s'il vous plaît,
plutôt par pitié.
Le ciel a éclaté en larmes.
La terreur s'est installé.
Et une telle négritude est tombée
qu'on aurait dit le soleil mort.
Les hommes sages cherchent déjà
un rayon de soleil.
On dit qu'ils se cachent
à côté de la Sainte Croix.
Je prends du goût à l'humidité
qui se putréfie aux murs
et je demande asile à toute la médiocrité.
Mais pas s'il vous plaît,
jamais, s'il vous plaît,
plutôt par pitié.
J'ai voulu étouffer mes chagrins
mais elles nageaient en alcohol
comme Mark Spitz.
Aujourd'hui la lune nouvelle
a décidé de cracher sur le soleil
et moi, je ne tire au clair
qu'un morceau de chanson.
Ma nuit tombe et je me repose, à nouveau,
dans un nuage bleu et gris
fumant sur du papier d'aluminium
la foutaise de vivre.
©
2003 Limbo Starr
GANG-BANG
Il y a, près du Damm,
quatre putains qui dansent un vals
derrière la glace
et on peut sentir, dès Berlin,
la forte sueur.
Et, toi, là-bas, tout seul,
une fine pluie frappe ta peau et, en mème temps,
une affiche s'illumine t'offrant
de la Liberté et de la Sordidité;
en échange d'une somme, qu'un homme d'aujourd´hui
peut parfaitement dépenser,
une fois que la nuit a commencé.
Tu vois pas? Ta chair est plus pâle.
Tu vois pas? Ton âme est plus grise.
Si, finalement, tu ne perds pas la tête,
tu verras bien qu'il n'y a qu'une solution.
Cas...tra...tion!
Et tout ce que j'ai mal fait
conspire à nouveau contre moi.
Comment ai-je pu arriver jusque là,
je n'en sais rien
... si lucide et sinistre?
Mais je sais bien que je n'en sais rien.
Et un homme en costume m'invite à rentrer...
Gang-bang!
Tu vois dès l'hôtel
des eaux calmes comme du papier d'aluminium
et le vent emporte l'odeur
de la perfide naine marron.
Tu as été roi,
avec ton scpetre à la main
et les yeux fixés sur tant de monde
que tu ne connaîtras jamais,
même si tu vis mille ans
et le soleil s'agenouille à tes pieds,
mais son regard ne quitte pas ton pantalon.
Et tu commences à marcher à travers la ville
et tu traverses un autre canal.
Tu fuis le rouge et le bleu du néon,
à la recherche de quelque chose qui ne sente pas l'amour.
Et si je vis une fois de plus,
me tromperai-je à nouveau?
Oui, sans doute,
jusqu'à la folie,
jusqu'à la douleur.
Et un homme en costume m'invite à rentrer...
Gang-bang!
©
2003 Limbo Starr
STANISLAVSKY
Je me découvre acteur,
offrez-moi une ovation.
Bien ou mal,
je promets le faire pour de bon.
Aujourd'hui, je me suis allumé à la nuit;
je devrai me contenter de brûler
jusqu'à m'éteindre
et après ça fera beaucoup trop mal
et il n'y aura pas une âme ici.
Je m'excuse
pour mon sperme et pour ma voix
et j'astique les masques
derrière lesquelles j'arrive à vous parler
et je chercherai à l'intérieur
quelque chose de semblable à un dieu
et je serai comme un roi
qui, tout en oubliant de gouverner,
continue à être roi.
La, la, la...
Je vivrai et je mourrai mille fois sous ces lumières
comme un être rebelle qui en renferme bien d'autres.
C'est moi qui cherche la douleur, et pas elle à moi
et je commence à me demander comment, quand, où
et pour quoi
je ressens ici
une blessure qui est majeure (La M)
mais qui deviendra mineure (Re m).
La, la, la...
Que je le fasse bien ou mal,
vous pouvez vous épargner l'ovation.
J'ai promis la vérité
et je me découvre acteur.
Je guette le mal,
mon âme attend un signe
qui arrive la nuit
et s'enfonce des aiguilles à coudre
jusqu'au fond, une fois et une autre.
La, la, la...
©
2003 Limbo Starr
LA
SOIF
Je descends la jetée.
Ma gorge est flètrie
et la fatale obsession
qui remue mes os, se révolte.
Je sors ma gourde en cuir
et je bois une forte liqueur
en pensant qu'ainsi
je vais calmer la soif.
Je me réveille à nouveau ici.
J'essaie d'oublier
et je descends de plus en plus.
J'arrive sur cette plage
et une femme aux yeux verts
m'offre de l'eau de mer.
(Et j'ai bu.
Je pensais qu'ainsi
j'allais calmer la soif).
Loin de chez moi,
qui osera parler
tandis que je m'ennuie
d'attendre le verre qu'on ne me servira jamais?
Je ne peux plus retourner.
©
2003 Limbo Starr
MONOMANIE
J'ai besoin de bouger
maintenant que je te revois si loin de moi.
Mais il n'y a plus aucun bar ouvert
et les amis, ils sont tous partis dormir.
Et c'est ainsi que je commence à romancer
ce qui arrivera
quand tout ira de mal en pire.
Moi, je me vois presque comme maintenant,
sans rien
sauf avec la certitude de la douleur.
Ou je me surprendrai moi-même en train de crier:
- Tu peux continuer avec ta vie
moi, si on me laisse, je continuerai avec la mienne.-
Bien, tout est arrivé comme prévu
et une cicatrice pourpre brille sur mon avant-bras
et un désir malsain persiste en moi.
Personne n'arrive aussi loin si ce n'est pour continuer.
Mais, si par hasard,
j'apprends que tu es en ville
et que quelqu'un nous présente,
je ne laisserai pas voir ce qui est vrai:
je t'aime encore
et je t'ai toujours aimé.
Ou je me surprendrai moi-même en train de crier:
- Tu peux continuer avec ta vie
moi, si on me laisse, je continuerai avec la mienne.-
Ou je me surprendrai moi-même en train de crier:
- Ça suffit, la connerie!-
Et je continuerai avec ma vie, si vous me laissez.
©
2003 Limbo Starr
ET
CAETERA
C'est presque midi et la terreur s'installe
Michel Houellebecq
Je chante ceci pour un ciel
fait tout en métal
aujourd'hui le sol ouvre à mes pieds
des fentes grandes comme la mer.
Je vous aimerai pour la beauté
cachée dans vous même.
Je vous aimerai pour la santé qu'on devine
à certaine peau grise;
à certaine haleine aigre;
il fait déjà jour et
la terreur s'est installée ici.
Personne à qui aimer
c'est
personne à qui blesser,
et caetera.
je mourrai de soif
mais, pour une fois,
personne ne meurt à côté de moi.
Et, des jours comme celui-ci, je me demande
combien ils sont et où ils sont,
et ma résistance ad nauseam
m'admire.
Et je contemple dans le mirroir,
les écailles de ma peau,
et je prie pour m'en sortir,
et je prie pour fuir
très loin d'ici,
très loin de moi.
Qu'est-ce qu'ils vont dire de moi
s'il me voient comme ça?
Je pourrai bien pleurer
mais je vais plutôt rire.
Personne à qui aimer
c'est
personne à qui blesser,
et caetera.
je mourrai de soif
mais, pour une fois,
personne ne meurt à côté de moi.
©
2003 Limbo Starr
MALÉDICTION
Ezequiel, retourner fut une grande erreur. c'était trop
tôt et les gens
n'oublient pas si vite. Ezequiel respire profond en descendant
du train.
C'est bizarre, personne ne l'attend sur le quai. Une brève
intuition:
quelque chose pue la malédiction. Mais il se dirige vers
la maison oû il a
grandi.
Et il parle avec sa mère. -C'est moi, mère, ne le
vois-tu pas?. Mère dit:
-Oublie qu'un jour je t'ai mis au monde. Et il parle avec son
père: -Père,
qu'est-ce qu'il arrive?. Père ne répond pas; il
se limite à maudire.
Ezequiel va au bar, quelqu'un saura bien lui expliquer. Mais tout
le monde
se tait, tout le monde se tait quend il rentre.
On dit qu'il fit quelque chose et personne ne l'oublia jamais,
mais lui, il n'arrive pas à as'en souvenir
et sa vie entière se réduisit à la malédiction
avec les années.
Ezequiel, il vaudra mieux que tu partes la nuit et sans faire
de bruit.
Ezequiel se cache près de la voie férrée.
Il a besoin d'une réponse pour ne
pas devenir fou. Qu'est-ce qui est bien pu arriver à sa
ville natale un été
noir pour que personne n'ose rien en dire? L'aube, il va se laver
dans un
étang, et c'est dans son reflet qu'il trouve toute la vérité.
Ezequiel contemple l'eau avec un rictus d'horreur. Sur sa figure,
il trouve
le visage de la malédiction. Il arrive jusqu'au fond de
ses yeux, la où il
n'y a plus de lumière. Il peut voir son âme et il
continue plus au fond. Il
prend conscience du mal et son cri retentit pareil à celui
d'un homme brisé
qui découvre un animal à son intérieur.
On dit qu'il fit quelque chose et personne ne l'oublia jamais,
mais lui, il n'arrive pas à s'en souvenir
et sa vie entière se réduisit à la malédiction
avec les années.
Ezequiel, il vaudra mieux que tu partes la nuit et sans faire
de bruit.
Ezequiel commence à fuir, personne ne va le regretter.
Il fuit direction
nord, l'odeur du sel le guide. La Mer Cantabrique se montre dans
tout son
éclat. Il se déshabille et, lentement, il avance
direction au soleil. Et il
décide de se reposer sous le manteau gris de la mer. Les
vagues le bercent
et il dort pour toute l'éternité comme un tsar.
On dit qu'il fit quelque chose et personne ne l'oublia jamais,
mais lui, il n'arrivait pas à s'en souvenir
et sa vie entière se réduisit à la malédiction.
Et maintenat il attend le Jugement
pour les siècles des siècles.
Ezequiel, repose en paix au fond de la mer.
©
2003 Limbo Starr
HISTOIRE D'UN PERDANT
Un bon jour, j'ai décidé de partir. Je dis: -Père,
je ne vais plus
retourner.- Lui, il boutonna sa chemise, il me donna une croix
et un morceau
de papier. Moi, je sortis, avec son rire à mos dos, et
il commença à
pleuvoir. Et je courus, et j'arrivai à la ville, et je
rentrai au premier
bordel. Là, je connus une mauvaise femme avec une perruque
et un oeuil de
verre. -Si tu veux m'avoir, tu auras à me payer- me dit-elle
tout en
mâchonnant. Je doutai: -Je n'ai que cette croix-. Elle répondit:
-Ça
suffira.- Et je ne sais plus si j'en ai rèvé, ou
vraiment, elle me cligna
son oeuil de verre.
C'est celle-là mon histoire, monsieur.
Je sais bien que vous n'y prenez aucun intérêt.
Mais elle est comme ça mon histoire, monsieur.
Elle m'a laissé tomber dans le trottoir
et on m'appellaient le perdant.
J'ai secoué mon pantalon. Je voulai me soûler, et
je suis rentré dans un bar
louche. J'ai noué une brève amitié avec le
barman. On l'appellait Tomas le
Fou. Et j'ai bu, j'ai bu du whisky irlandais à m'évanouir.
Et moi, qui
croyais en savoir plus, j'ai payé avec un morceau de papier.
Et quand Tomas
le Fou a lu le papier, et il a changé de couleur. Il a
crié: -Personne ne se
moque de moi. Pas un con comme toi, et moins chez moi. On n'aime
pas les
pédés ici.- Ils étaient trois, le Fou et
deux autres, et moi je m'en suis mal
sorti. Ils m'on arraché le pantalon et, après, ils
m'ont empalé.
C'est celle-là ma triste histoire, monsieur.
Je sais bien que vous n'y prenez aucun intérêt.
Mais elle est comme ça mon histoire, monsieur.
On m'a laissé tomber dans le fossé
et on m'a tatoué sur la poitrine: perdant.
Vous en faites pas, monsieur; j'ai déjà fini. Je
vous ferai ce que vous
voudrez. Mais il faut bien que vous sachiez que je ne suis pas
le malheureux
de l'histoire que vous venez d'écouter. regardez-moi, si
vous tenez à
m'avoir, il faudra payer. Mais pas avec une croix, ou un morceau
de papier,
non, plutôt avec quelque chose de vrai.
Parce que c'est celle-là ma triste histoire, monsieur.
Je sais bien que vous n'y prenez aucun intérêt.
Mais elle est comme ça mon histoire, monsieur.
On me méprise là dehors
et on murmure: -Le voilà, le perdant.-
La, la, la
Ne me crachez pas à la geule, monsieur.